Journal d’Otto Didakt 4 – 1 Août 1932

Vienne, ce Samedi 1 Août 1932

Les nazis ont obtenu avant hier aux élections 37.4 % des voix ! C’est inimaginable ! Mais heureusement, le président a nommé C.V. Schleicher chancelier. Nous évitons Hitler.

De fait, en me réveillant ce matin, je constate que mon corps ne m’obéit plus. Aucun mouvement n’est plus possible. Je suis comme dans un carcan. Moi, un des grands savants de ce siècle, un des derniers honnêtes hommes, qui maîtrise la plupart des disciplines scientifiques, me voici ramené à l’état de larve. Saleté de Nazis.

 

Mais je vais résister. Mes connaissances en physiologie vont compenser ma fragilité politique. C’est le moment de convoquer mes souvenirs de lecture de mon excellent collègue, le professeur Bonangoski sur l’anatomie et la physiologie humaines.

Allons-y. J’accélère mes ondes alpha, je remonte ma température basale. Ca y est, mon état de conscience s’affute.

Actionnons nos grands droits et deltoïdes de manière à incliner sur leur face antéro-postérieure nos grands obliques droits et nos grands dentelés droits, lààààà. Je relâche en même temps mon grand dorsal gauche (pas bête : je ne suis pas tombé dans le piège de la contracture généralisée), ainsi que mon sterno-cleido-mastoïdien gauche. Sous cette action coordonnée, ma ceinture scapulaire peut maintenant pivoter et je suis à même d’effectuer une torsion du buste sur ma droite.

Et voilà ! Malgré les nazis et leur programme dément, je me retrouve en décubitus latéral sur le bord de mon lit. Petite victoire, mais victoire quand même sur l’obscurantisme. Je vais même jusqu’à actionner mes mandibules et contracter mon temporal et mon masséter. Je relâche mes pulmonaires et contracte mon diaphragme : j’aspire de l’air ! Oui ! Je baille ! Au nez et à la barbe d’Adolphe. Puis, je bascule en position fœtale et je me suis retrouve sur mes appuis pédestres et manuels sur le carrelage de ma chambre. Voilàààà. Action sur les grands dorsaux et relâchement des grands droits et me voici debout ! Un homme debout face à la barbarie.

Et maintenant, allons prendre le petit déjeuner que m’a préparé Emma. En guise de résistance, je vais relire le petit traité de nutrition de mon collègue, le professeur Smiley. J’espère que cela va simplifier mon transit. Car j’ai du mal à digérer les nouvelles, ces jours-ci.

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