« Mais où est donc l’ami que partout je cherche ? »

(Petite enquête émotionnelle)

L’autre soir, je regarde à la télévision le film d’André Téchiné : « Ma saison préférée »… C’est l’histoire d’un frère (Antoine, Daniel Auteuil) et d’une sœur (Emilie, Catherine Deneuve), qui s’aiment et se disputent, presque comme des amoureux. Je plonge dans le petit écran et je vis un moment de grâce en compagnie de ces grands acteurs. A voir.

Tout à la fin du film, lors du repas de funérailles de leur mère (Marthe Villalonga), Emilie se détache du groupe familial : « je vais vous dire un poème« . Et elle le dit. Et le voici :

  • « Mais où est donc l’ami que partout je cherche. Dès le jour naissant, mon désir ne fait que croître et quand le jour s’achève, c’est en vain que j’appelle. Je vois ses traces, je sens qu’il est présent partout où la sève monte de la terre, où embaume une fleur et où s’incline le blé doré. Je le sens dans l’air léger dont le souffle me caresse et que je respire avec délice. Et j’entends sa voix qui se mêle au vent d’été »

Emotion. Vite, je note quelques mots de ce poème à la volée ! Vite sur internet ! Je vois que Téchiné adorait Bergman. (Ca ne m’étonne pas, leurs styles sont cousins !). Vite ! Je tape « Bergman » et je trouve que ce même poème est dit par les personnages des « Fraises sauvages ».

Vite ! Je vais chercher dans la collection de ma sœur aimée (« la dame bleue« ), vite, je regarde « Les fraises sauvages » et je vois toutes les similitudes entre les scènes, les cinéastes et leur inspiration … Vite je le regarde à nouveau, mais en suédois cette fois. Et vite ! Je tape les paroles du poème en suédois sur internet. Je vois qu’en fait, ce n’est pas un « poème » (comme on dit par une pudeur de fausse laïcité contemporaine ) mais bien un psaume écrit en 1818 par Johan Olof Wallin, Un psaume pour se préparer à la mort. Oui.

Et en effet, le vieux professeur Isak Borg des « Fraises sauvages » s’y prépare ! (Initiales I.B., comme le vieil Igmar Bergman), tout au long du film. A revoir !

Pour écouter ce psaume, taper ici :

Et voici les paroles, retrouvées grâce à internet :

Psalm 481

1. Var är den Vän, som överallt jag söker?
När dagen gryr, min längtan blott sig öker;
När dagen flyr, jag än ej honom finner,
Fast hjärtat brinner.

2. Jag ser hans spår, varhelst en kraft sig röjer,
En blomma doftar och ett ax sig böjer;
Uti den suck jag drar, den luft jag andas,
Hans kärlek blandas.

3. Jag hör hans röst, där sommar-vinden susar,
Där lunden sjunger och där floden brusar;
Jag hör den ljuvast i mitt hjärta tala
Och mig hugsvala.

4. Likväl ett töcken mig från honom stänger;
Min bön, men ej min blick, till honom tränger.
Ack! såge jag hans anlet, och mig slöte
Intill hans sköte!

5. Ack! när så mycket skönt, i varje åder
Av skapelsen och livet, sig förråder,
Hur skön då måste själva källan vara,
Den evigt klara

6. O ljusets, fridens, salighetens källa!
När skall för mig din rena våg uppvälla?
Vem förer mig till dina friska flöden?
Den stilla döden.

7. Var tröst, min ande ! hoppas, bed, försaka!
Dig vännen vinkar : du skall se och smaka
Hur ljuv han är, och sjunka i hans armar
Som sig förbarmar!

8. Snart till den strand, där böljor sig ej häva,
Lik arkens trötta duva, skall du sväva;
Till Herdens famn, lik rädda lammet, ila
Och där få vila!

Et voici les paroles en français

Traduction (qualité poétique moyenne) par mes soins

1. Où est l’Ami que partout je cherche
Dès l’aube, mon désir monte
Quand le jour finit, je ne le trouve toujours pas,
Quoique mon cœur me brûle.

2. Je vois ses pas, partout où une force se révèle,
Là one fleur embaume et un épi se penche
Au soupir que j’exhale, dans l’air que je respire,
Son amour se mêle.

3. J’entends sa voix, où murmure le vent de l’été,
Où le bosquet chante et où la rivière gronde;
J’entends ses paroles les plus douces
Et je m’envole

4. Pourtant une brume me sépare de lui ;
Ma prière et non mon regard, se fraye un chemin vers lui.
Hélas!  Puissè-je voir son visage
et me blottir contre son giron !

5. Ah ! Si tant de beauté se fait jour dans les veines
de la création et de la vie,
Comme la source elle-même doit en être belle !
Infiniment claire

6. Oh ! source de lumière, de paix, de félicité !
Quand ta vague pure se lèvera-t-elle pour moi ?
Qui me conduira vers tes ondes fraîches ?
La mort paisible

7. Sois consolée, mon âme !  espère, prie, abandonne toi !
Ton ami te fait signe : tu vas voir et goûter
combien il est doux et fondre dans ses bras,
lui qui fait miséricorde !

8. Te voici au rivage, où les vagues ne se soulèvent pas,
Comme la colombe de l’arche, fourbue, tu t’envoleras ;
Jusqu’à l’étreinte du berger, comme l’agneau épargné, dépêche-toi
Et là, tu trouveras le repos !

Et en prime, un bon article sur Téchiné !
https://laplumeetlimage.over-blog.com/article-saison-preferee-d-andre-techine-82349752.html

Je vous souhaite une vie bonne !

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