Tissage 1, à partir de « celui qui ne sait pas d’où il vient… »

Tissage 1 – 15 au 30/05/2017

Au cours d’un super dîner entre amis (tirés au hasard ? rien n’est moins sûr), il vient dans la conversation de parler de nos ancêtres : le résultat est probant ! La France, ce melting pot étonnant :

  • Lucette, petite fille d’industriel russe émigré en France, aujourd’hui artiste peintre installée dans un village du Sud-Ouest de la France
  • Paulo, menuisier, son ami d’enfance, enfant originaire d’un pays en guerre, adopté par deux parents français
  • Stephanie, né dans le Gers, enseignant, fille de commerçants ariégeois
  • Hervé, musicien, d’origine belge et arrière petit fils d’officier polonais
  • Bertil, né en Algérie, comédien et retraité, d’origine suédoise,anglaise et arménienne
  • Pierre, né au Maroc, artisan, petit fils de banquier angevin
  • Daniel, petit fils de paysan du Tarn et Garonne
  • Elisabeth, née à Toulouse, petite fille de catalans, de grand père adopté
  • Virginie, née en Afrique, grands parents globetrotters

Grâce à cela ou à cause de cela, nous échangeons. Nous tentons de nous connaître et de nous comprendre. Des obstacles existent, ne le cachons pas. Les origines (âges, régions, pays, catégories sociales) sont disparates, les mots ne signifient pas forcément la même chose pour chacun, il faut y travailler … Il faut s’écouter : Que veux tu dire ? A quoi penses-tu en disant cela ? Qu’est ce que ça évoque pour toi ? Et on y arrive … Grâce à la bienveillance. Grâce aux disparités ? A cause d’elles ? Malgré elles ?

On a levé le voile sur « D’où venons nous ». OK. Donc : où allons nous ? Qu’est ce qui nous relie au fond ? La langue ? Oui, mais laquelle ? (il y a plusieurs manières de parler le français) La culture ? Oui, mais laquelle ?

Etre français ? (ça n’est pas un gros mot)  Mais que veut dire « être français » ? Comment aimer sa propre culture (parce que c’est elle qui nous a faits) sans négliger ou pire mépriser celle des autres ? « La force de l’unité et la richesse de la diversité ». Ne peut-on pas appartenir à la fois à plusieurs cultures, sans se renier ? C’est ce qu’a fait mon arrière grand père qui avait quitté son pays pour la France.

Peut-être que la réponse réside tout simplement dans l’intérêt pour l’autre. « L’autre est le médiateur indispensable entre moi et moi-même », écrit Sartre dans l’Etre et le néant.

« Qu’avons nous fait de ce qu’on a fait de nous ? », demande Sartre. Bernard Maris, assassiné à Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, a écrit un très beau livre, une sorte de testament, sur ce thème. En voici les références !

Avez vous vu le magnifique film « Le nom des gens« , de Michel Leclerc, avec Jacques Gamblin et Sara Forestier ? Au delà des apparences, ne pas simplifier l’autre… ce film intelligent m’ a ému et beaucoup fait rire…

Une vie bonne à toutes et à tous ! 
Bertil

Commentaire de Vincent
Je ne sais pas si j’aime être français. J’aime les gens. Pas ceux qui disent « on ne veut pas de réfugiés ici ». J’aime les gens généreux et résolument optimistes. Les gens que tu décris. J’aime aussi savoir d’où je viens, parce que je suis fier que l’on m’ait transmis une culture humaniste, laïque, généreuse et ouverte sur les autres et sur le monde. Sans peur. Je crois, j’espère, que c’est ce qui caractérise toujours la culture française. Ce n’est que dans ce sens que j’aime être français.
Je te remercie de ce partage que tu nous offres. J’ai pris beaucoup de plaisir à naviguer (non, non, je ne dirai pas « j’aime » ou « je n’aime pas »), et je souhaite la bienvenue à ton « Salon Ardent »!
Très amicalement,
Vincent
Réponse de Bertil

Merci mille fois pour cette réaction. Je comprends la prudence que le titre du bouquin de Bernard Maris peut provoquer et qui nous mène souvent à une attitude restrictive (« oui, mais »). Quand on connait Maris, on voit que sa position rejoint celle de Vincent. Si on définit la culture de manière très large (« ce qui permet aux humains de bien vivre ensemble », par exemple), on peut être heureux que de grands guides, initiateurs, inspirateurs existent. Je crois que ce qu’il veut dire dans son bouquin c’est que par méfiance vis à vis du nationalisme on en vient à oublier qu’une grande part de ce qui nous a rendu humains provient d’inspirateurs de notre pays, puisque c’est là qu’on a grandi. Cela n’enlève rien à un esprit critique salutaire vis à vis des pires tares du nationalisme.
J’aimerais bien un jour faire la liste de ces inspirateurs (français ou pas !!).
Commentaire de Matibulle

Voici une chanson écrite au lendemain de l’attentat de Charlie Hebdo et chantée sur France Inter le 9 janvier 2015… Elle parle de tolérance, de résistance et de France (melting-pot entre nombreuses cultures) ; d’où le titre et le nom que ce sont données ces 4 artistes bien connues et bourrées de talent : les « Françoises » (Camille, Emily Loizeau, Jeanne Cherhal et la Grande Sophie). Très touchante et positive !

https://www.youtube.com/watch?v=_8pEeKYH36g

Bertil cite un extrait de la chanson dont parle Matibulle ((« Je m’appelle Charlie », variation d’un de leurs titres en hommage aux attentats de l’hebdomadaire satirique, dans l’émission A’Live de France Inter)

Troisième couplet
Ma garde-robe est sans tabou / Slim djelabah sarouel boubou / Etre Françoise au quotidien / C’est un esprit c’est un destin / Je m’appelle Françoise / Et j’ai un cuir à franges / Un grand keffieh orange / Un col mao ça change / Du peace and love framboise
Refrain
Je m’appelle Françoise / Et je vivrai ma vie / Sous le ciel qui s’embrase / Je te ferai l’humour / Le jour comme la nuit
Quatrième couplet
J’trouve pas les mots / J’ai pas d’ennemis / J’ai des crayons alors j’écris / J’ai le prénom d’un beau pays / Qui s’indigne, qui chante, et qui crie / Je m’appelle Françoise / Et dans ce beau pays / Moi j’ouvrirai les portes / Même si le vent s’emporte / Je resterai ici
 Refrain
Je m’appelle Françoise / Et Je m’appelle Marie / Et Je m’appelle Fatma / Et Je m’appelle Yaching / Je m’appelle Jérémy / Je m’appelle françoise / Et Je m’appelle Ladji / Je m’appelle Anita / Je m’appelle Mohamed / Et Je m’appelle Charlie

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