Le dernier chapitre de la vie de ma Mama – par Fredérico B. G.

Chers lecteurs, voici un texte que j’ai reçu d’un ami clown au Quebec, dont la maman s’est éteinte le 13 octobre 2021. Il m’a touché. Je l’ai trouvé juste et authentique et j’avais envie de le partager. Il m’en a donné l’autorisation écrite bien sûr.

SYNCHRONICITÉS ET AUTRES ANECDOTES DE FIN DE VIE.

Vendredi matin je me suis rendu compte de toutes les synchronicités que je venais d’expérimenter depuis plusieurs jours. Ma soeurette adorée m’a demandé de faire un petit montage vidéo, afin qu’elle puisse dédier l’émission du jeudi soir à notre Mama. J’avais donc sorti des photos parmi les boîtes, en les étalant sur mon lit. Je les ai ensuite rangés rapidement, à-la-Frederico… C’est en discutant avec ma sœur que j’ai pilé sur une cocarde pour identifier les artistes. C’était le badge de mama, pour le Cirque Vegas, qui a eu lieu au Vélodrome, et la date inscrite était le 23 mars 1981. J’ai sursauté, car 40 ans plus tard, jour pour jour, c’était le début de notre aventure en créant l’émission quotidienne de ma sœur. Si je résume, ce badge m’indiquait que mama, avec son badge d’artiste, nous disait qu’il fallait continuer, que « ‘ The Show must go on! »

Une semaine avant le décès de ma mère, mon colocataire et moi avions trouvé un oiseau mort dans la maison. Ma petite chasseuse de Rosalie nous a apporté ce cadeau, ce qui m’a fait réagir.  Je lui ai mentionné que chez les Gitans et les forains, trouver un oiseau mort signifie la mort, mais pas littéralement, pas une mort physique, mais cela pourrait symboliser la mort ou la fin d’une étape de vie, une relation ratée ou une mauvaise situation financière, quelque chose liée au travail, un voyage à point de départ, et ainsi de suite.

Mercredi matin, ma sœur est arrivée vers 10 heures au CHSLD, Je l’ai laissée avec Mama pour qu’elle ait du temps avec elle. Je suis allé prendre un moment pour moi, pour me reposer, me distraire, en allant déjeuner, qui est mon temps favori, afin d’être seul avec moi-même. Un instant que je bénis qui me permet de me ressourcer et de me retrouver. Je me rends donc au nouveau petit resto L’Oeufrier, je  m’installe tout au fond, à l’abri de tous, pour ne pas montrer ma vulnérabilité. Je me tape des œufs Bénédictines. À mon départ, je franchis presque la porte, et recule, regarde au bout de l’allée et reconnaît la maman de ma plus grande amie que j’aime de tout mon coeur, avec laquelle j’ai un froid depuis malheureusement deux ans. Je suis ami avec elle et sa famille depuis plus de 40 ans. Elle me voit, sourit et me dit tout de suite qu’elle a entendu que ma maman n’allait pas bien du tout. Je lui ai donc mentionné que cela semblait être effectivement les derniers instants. Dans toute sa bienveillance, elle m’a dit des mots rassurants et apaisants. Ce fut bref, mais d’une importance pour moi. Je me suis demandé ce qui m’avait poussé à revenir sur mes pas et à regarder dans cette direction. Je remarque de plus en plus de synchronicités depuis quelques jours, ce qui me déroute et me déstabilise, sans toutefois m’apeurer.

Je retourne donc vers le manoir où réside maman, me stationne et me dirige vers la borne de paiement. J’opte pour le forfait maximal d’une journée, mais j’en étais incapable puisque celle-ci n’accepte pas les cartes débits. J’ai donc pris l’option deux heures gratuites, me disant que je n’aurais probablement pas besoin de plus. Je me corrige et me dis que cette pensée était des plus négatives. Il était 11 h 11…lorsque j’ai commencé à pitonner pour obtenir le billet m’autorisant deux heures sans frais, lorsque la transaction fut terminée, c’était écrit 13 h 13 le 13 octobre.

Mama est décédée à 13 h, le 13 octobre.

À mon retour, il y avait de la musique qui jouait dans la chambre, un air de fête y régnait. Ma soeur et Bettina étaient là, mama était réveillée, consciente, assise dans sa chaise.. Ma soeur avait emporté une bouteille de vin Valpolicella et du sucre à la crème fait par Soeur Angèle. Elle a donc bu quelques gouttes de vin et mangé une sucrerie.Je ne comprenais pas ce qui se passait du tout, puisqu’elle venait de passer une nuit très difficile.

J’ai donc dit :  »Alléluia!’ Coudons, que se passe-t-il ici?  Maman ressuscite?’’

Je n’y comprenais rien, mais j’étais heureux de voir qu’elle se portait mieux. Un regain d’énergie et un nouveau souffle de vie.

Bettina décide de prendre une pause à son tour et d’aller prendre un petit temps à l’extérieur, pendant que moi, j’en profiterais pour m’avancer dans mon travail, en m’installant dans la salle commune. 

 Une quinzaine de minutes plus tard,  l’état physique de mama s’est modifié. Elle s’étouffait et ma sœur est sortie de la chambre pour nous avertir et demander de l’aide. L’équipe de soin au complet s’est dirigée afin de porter secours, ont donc travaillé fort sur elle, puisqu’elle avait une pneumonie et se noyait dans ses sécrétions….

Je téléphone immédiatement à mon père, et lui dit tout simplement une simple: ’’Papa,viens-t’en! Tout de suite!’’. Il a compris que c’était LE moment.

Mama fut stabilisée et calmée, et s’est rendormie. Papa est arrivé et s’est assis, un peu loin du lit, n’osant pas s’approcher, restant discret, malaisé, environ une vingtaine de minutes.

Il me  demande si j’aimerais avoir une photo avec maman. Rapidement, ma perception de la situation est qu’il aimerait bien en avoir une pour lui aussi, mais que cela est sa manière de le demander. Nous avons donc échangé de place, et c’est ma sœur qui a pris l’appareil afin de le photographier. Mon père n’a pas la réputation d’être un grand romantique ou encore d’être la douceur incarnée, étant plutôt crispé et retenu dans ses émotions, d’où l’un de ses surnoms affectueux, Monsieur Spock. Intello, cartésien, froid. La veille, il m’avait étonné avec ses paroles bienveillantes, apaisantes et rassurantes, il était au-delà de mes éternelles attentes envers lui.

Je le voyais avancer doucement, avec délicatesse, et il prit  la main de mama, la déposait dans les siennes. Ma soeur dit:  »Coudonc, il va la redemander en mariage! » , suivi d’un petit rire complice entre frangins, avant que la situation se retourne à nouveau.

Dès l’instant où il a pris la main de son ex-épouse, sa grande amie, sa complice de nombreux projets et surtout, la mère de ses enfants, la couleur de sa peau est devenue couleur sépia. Ma sœur l’a mentionnée et remarquée et moi, de constater qu’elle ne semblait plus respirer.

‘’Shit! Je l’ai tuée! ’’, dit-il d’une manière des plus bouleversées.

‘’Non papa! Elle t’attendait pour partir. Tu es un passeur d’âme.’’,  lui répondit ma sœur.

On demande vite à l’infirmière de venir, elle prend le stéthoscope, le dépose, nous regarde et nous dit qu’elle n’a pas le droit de le confirmer, mais qu’elle s’est éteinte.

Nous étions présents, nous quatre, notre petite cellule familiale de base. Ensemble, réunis, unis. Mama qui était la cohésion, le  ciment et le mortier de cette famille, à réussi l’exploit de s’assurer que papa était là, étant rassurée qu’il veillerait sur nous, et nous tous sur chacun d’entre nous. Au-delà des histoires, des conflits, des défis, des tragédies, elle nous indique que cette famille était et demeure liée, et que nous en avions la responsabilité d’en assurer la suite.

Mama a été libérée de ses souffrances, de sa prison, de cette tour hermétique où ses souvenirs se sont effacés peu à peu, sans toutefois oublier l’amour, l’humour et la complicité de cette famille.

Nous aurions voulu planifier cette scène que nous ne l’aurions pas pu. En termes clairs, ce départ a été des plus parfait et respecte notre désir commun de lui avoir assuré notre présence jusqu’au dernier souffle. Mon papa a été exceptionnel, digne et présent. Il a toujours dit qu’il était effectivement divorcé de maman, mais pas de la famille. Il fut aussi le meilleur ami d’Howard, le deuxième mari de maman.Il s’est occuper d’elle pendant presque 4 ans, veillant sur elle et s’occupant de ses affaires et de retarder le moment ou elle a dû accepter de quitter sa maison pour aller vivre dans un endroit plus sécuritaire pour elle. Ma sœur a été la responsable et la répondante de maman auprès des médecins et autres intervenants, me consultant respectueusement pour les grandes décisions. Et Bettina s’est assuré d’offrir un temps agréable et créer de moments de plaisirs et  de s’assurer de la dignité de sa grand-maman. Elle s’occupait de sa coquetterie et de sa joie.

Ma soeur a donc recontacté sa fille Bettina, et ensemble elles ont décidé de s’occuper de prodiguer les derniers soins à maman, Papa et moi sommes sortis de sa chambre, pendant qu’elles se sont occupées de la laver, l’habiller, la maquiller et parfumer,. faire qu’elle soit belle et magnifique, aussi fière qu’elle l’a toujours été dans sa vie.

Lorsqu’elles eurent terminé, nous sommes entrés à nouveau dans la chambre, et nous l’avons trouvé absolument magnifique et radieuse. C’était notre maman, dans toute sa splendeur, sur son lit, prête pour son grand voyage. Rien n’était planifié, mais nous sommes des gens de rituels, et le respect est une des plus grandes valeurs. Ma soeur nous a invité à nous réunir autour de maman en formant un cercle et nous tenant la main, incluant celles de maman, afin de prier ensemble. Nous avons récité un Notre père, et avons ensuite voulu entamer un Je vous salue Marie. Toutefois, nous nous sommes rendu compte que nous ne connaissions pas les paroles par cœur, ce qui a créé autant un malaise qu’un petit fou rire. J’ai donc proposé que nous chantions Somewhere Over the Rainbow, un rappel de cette chanson que Bettina avait entonnée pour les funérailles d’Howard, le mari de maman. C’était beau, doux, calme, magique, harmonieux. Ensuite, je me suis dit:  » tant qu’à y être, chantons-lui sa chanson favorite, La dame en Bleue! Sur cet air de tango, nous lui avons rendu hommage et réalisé tout le plaisir, l’humour, la tendresse et la situation vaudevillesque et fellinienne.

C’était un moment à la Iuliani, comme nous les aimons.

J’ai raccompagné papa chez lui, pendant que Giuliana veillait sur le corps de maman, attendant que la morgue vienne la chercher, ne voulant pas qu’elle reste seule. Cela a permis aux employés du CHSLD de venir saluer une dernière fois madame Albert, laquelle avait su gagner le respect et l’estime de celle-ci. Nous en sommes très reconnaissants de leurs soins et attentions particulières.

La commémoration du décès de mama, Suzanne Albert, aura lieu le 29 octobre 2021. Notre famille recevra les condoléances de 13h à 17 h, ainsi que de 19h à 21 h, la cérémonie commémorative se tenant à 20h,  aura lieu au Salon l’Actuel, sur la rue de Verdun, à côté du métro Verdun. Ensuite, le 5 novembre, il y aura les funérailles dans son village natal, à l’église de Lejeune, dans le Bas St-Laurent . Accueil de 10h à 12h et cérémonie de funérailles à 14 h.

Si l’histoire de notre mama vous a touché, vous êtes les bienvenus pour venir nous saluer. Également, nous aimerions vous inviter à faire un don In memoriam pour Suzanne Albert au Projet PAL , un organisme verdunois au grand cœur, passionné par l’amélioration de la qualité de vie des personnes qui vivent des problèmes de santé mentale. Mama a pu s’impliquer et bénéficier de leur service et nombreuses activités, et mon papa s’est impliqué au sein du conseil d’administration. https://www.canadahelps.org/fr/organismesdebienfaisance/projet-p-a-l-inc/

Voici la chanson « La dame bleue » : https://youtu.be/OjBm4bizaME

Je suis triste, heureux, calme, serein et surtout, en paix.

– FIN – #mama

Voici les commentaires de Bertil (envoyés à Frederico) :

En lisant ces pages, j’ai pensé bien sûr à la mort des miens. la mort de mon père, que j’ai accompagnée avec ma soeur Ingrid et mon frère Erik, mais pas jusqu’au bout, car après deux semaines de présence à ses côtés, j’avais des « obligations » : je vis une culpabilité à ce sujet. Pareil pour ma mère, à l’hôpital de Toulouse… au bout de quelques jours, j’ai dû rentrer au Mans … Quelques années plus tard, ma soeur est hospitalisée en plein confinement COVID en mars 2020 et nous n’avons pas la possibilité d’aller la voir dans sa chambre !

Le texte de Frederico-Boris est comme une consolation pour moi : un vrai Adieu a été possible pour sa « Mama » et les siens. J’en suis heureux pour eux et pour moi.

Frederico Boris parle d’une chanson : « la dame bleue » !! Tu parles d’une coïncidence ! c’est ainsi que j’ai appelé ma soeur Ingrid dans le chagrin de son décès !

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