Vient de paraître : Histoires de Clowns (coord. Bertil Sylvander)

Couverture

Le grand public était habitué à ce que les clowns passent leur temps à se faire des blagues, se tendre des pièges et tomber dedans … Avec l’arrivée du clown contemporain, on découvre que les clowns ont des vies plus subtiles et plus riches que ce qu’on imaginait !

Le présent ouvrage témoigne de cette évolution. Ces histoires de clowns, que Bertil Sylvander a mis en scène et mis en forme, racontent comment les clowns font face aux grands enjeux de la vie !

Au cours de la lecture, vous ferez la connaissance de :
Tortilla et ses souvenirs, Vitamine qui nettoie le monde, Rose et Pivoine, invitées dans l’au-delà, Calamity, inspectrice principale des objets, Basile, grand soliste international, Péquita, menée par ses marionnettes, Marc-André, victime de ses propres contes, Gilbert Grisou, qui danse avec l’ourse. Peut-être vous reconnaîtrez vous dans ces témérités humaines ?

Bertil Sylvander est un des fondateurs du Bataclown, avec ses complices Jean-Bernard Bonange et Anne-Marie Bernard. Chercheur en sociologie, acteur-clown, formateur, co-directeur de la compagnie et clownanalyste dans la Cie des Clownanalystes du Bataclown, il met son énergie et sa passion au service de ce personnage étrange et subversif…

Ont également contribué à cet ouvrage : Isabelle Bedhet, Pierre Courtiade, Françoise Einsweiler, Michèle Franza, Annie Levy, Franck Meslin, Marie-Claude Théodas.

Prix : 22.50

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Voici en prime l’Introduction du bouquin !

« Le caractère des personnages entraîne des actions qui révèlent leur caractère »

Marie-France Briselance[1].

Dans les tragédies grecques anciennes, les héros étaient le jouet du destin : tout s’accomplissait sans qu’ils aient vraiment leur mot à dire. Selon Jacqueline de Romilly, Sophocle a infléchi cette règle et l’humain est progressivement devenu responsable de sa vie. Dans le roman et les tragédies modernes, le personnage crée son propre destin. On découvre le caractère épique de Fabrice Del Dongo quand il part à Waterloo. C’est cela qui le précipite dans les bras de la Sanseverina et rien d’autre ! Le roman du XIX° siècle a jeté un courant d’air frais dans la manière de raconter les histoires ! Plus les personnages sont divers, plus les histoires que les romanciers et dramaturges racontent sont diverses !

Et pourquoi les clowns échapperaient-ils à cette règle ?

Dans la tradition du clown, on ne parlait pas d’histoires de clowns, mais d’entrées clownesques[3]. C’était lié au milieu social des clowns de cirque et sans doute à l’époque historique où ils évoluaient. Il s’agissait de numéros ou de sketches dont les intrigues se résumaient souvent soit à un mauvais tour que le clown blanc jouait à l’Auguste, soit à un projet trop ambitieux de ce dernier qui tournait forcément à la catastrophe.

Cependant, c’est sur ce simple terreau que sont nés les clowns contemporains après la deuxième guerre mondiale. Pour n’en citer que quelques-uns (que les autres nous excusent !) : Amédée Bricolo, Arletty, Boudu, Colette Gomette, Felix et Philomène racontent de vraies histoires et c’est beaucoup plus dû à leur personnalité propre qu’à des tours convenus.

Un personnage naïf et maladroit engendre une histoire naïve et maladroite, un personnage imaginatif nous entraîne dans son imaginaire, un personnage absurde vit des histoires absurdes. Tautologie ? Non. Ouverture des codes et des frontières ! C’est ce que nous avons essayé de faire, avec mes complices de toujours du Bataclown, Anne-Marie Bernard et Jean-Bernard Bonange en tenant ferme au cours des années la barre de la diversité des clowns, fondée sur l’authenticité de l’expression personnelle des acteurs.

Au cours des deux dernières décennies, j’ai ainsi mis en scène plus d’une vingtaine de créations clown. C’est dans cet ensemble qu’ont été sélectionnées les histoires de clowns racontées dans cet ouvrage. Pour elles et avec celles et ceux qui ont donné dès le début leur accord, nous avons pris le risque de l’écriture. Ce qui fait qu’après avoir peut-être assisté pour certains d’entre vous au spectacle vivant de ces clowns vivants, vous allez maintenant pouvoir les redécouvrir dans les pièces d’un style plus littéraire, présentées ici.

Vous allez ainsi avoir l’occasion de connaître plus intimement :

Tortilla, qui sent que le moment est venu de faire le tri dans ses souvenirs (projet risqué : que va-t-elle trouver dans son sac ?)

Vitamine, qui se sent responsable du monde et veut l’assainir (projet aventureux : qui est derrière la décadence du monde ?)

Rose et Pivoine, qui s’imaginent être invitées dans l’au-delà (projet effrayant : ne vaut-il mieux pas laisser nos défunts en paix ?)

Calamity, autoproclamée inspectrice principale des objets (projet ambitieux : jusqu’où la possession peut-elle l’entraîner ?)

Basile, qui aimerait tant être un grand soliste (projet présomptueux : qui s’approche de la lumière s’y brûle les ailes !)

Péquita, qui aime tant ses marionnettes (projet téméraire : ne vont-elles pas lui mener la vie dure ?)

Marc-André, qui se lance dans le métier de conteur (projet dangereux : on ne réveille pas les contes impunément)

Gilbert Grisou, qui se passionne pour les contrées extrêmes (projet fatal : on peut y laisser la vie !)

Je présenterai d’abord ces personnalités uniques, motifs particuliers tissés sur la trame d’un clown générique, puis nous verrons quelques aspects de leurs histoires.

Le et les personnages de Clown

Comme les humains, les clowns (espèce bien à part) ont leurs caractéristiques invariantes, mais cela ne vous empêchera pas de déguster la singularité de Tortilla, Vitamine, Rose, Pivoine, Calamity, Basile, Péquita, Marc-André et Gilbert Grisou.

Tous nos personnages ont bien toutes les qualités du clown, mais pour bien les présenter, je ferai quelques choix.

Le clown est un mythe. Un être à part, venu d’ailleurs et décalé. Quelqu’un qui n’est et ne fait vraiment pas comme tout le monde, qui porte les signes de sa marginalitéetse place à la périphérie de l’institution sociale : c’est un ex-centrique. Cette position en fait un protagoniste particulier dans le rapport au pouvoir, car il est « parfaitement superflu« [4] et arrive comme un cheveu sur la soupe dans la société des hommes qui ne l’attend pas.

Ainsi Tortilla : qu’est-ce qui lui prend de venir ainsi déballer son sac ? Non, elle n’est pas impudique, car tout le monde peut y reconnaître ces moments intimes où on veut tourner la page. Elle ose tout simplement, par naïveté, vivre tout haut ce que tout le monde meurt tout bas.

Le clown vit dans l’ici et maintenant. Le sentiment qu’il éprouve dans l’instant présent est pour lui ce qu’il y a de plus important. Ce que sera la seconde d’après ne le préoccupe pas. Il se donne le temps de déguster une émotion, une image, une envie, que celles-ci soient faites de ravissement ou de douleur.

Il vit la réalité concrète, la même que nous, son public du moment. Il n’est donc pas un personnage de théâtre comme un autre. Pour nous, l’existence du clown se fonde principalement sur une (inter)relation intense et continue avec le public. A cet égard, la source du clown-théâtre d’aujourd’hui se situe peut-être dans le théâtre de foire moyenâgeux (qu’on appelle aujourd’hui le théâtre de rue), une école précieuse et exigeante pour un rapport sans complaisance avec un public par essence volage et volatil.

Lorsque Calamity se met en tête d’inspecter les objets, c’est bien avec le public présent ce jour-là (pour quelle obscure raison ?) qu’elle commence sa mission hasardeuse ! Lorsque Vitamine charge le public de nettoyer le monde, il ne sait pas comment les gens qui sont là réagiront. Il faudra bien qu’il s’ajuste à eux et cette complicité comblera chez eux cette proximité absolue que seul le clown peut créer.

Le clown est un grand affectif. Simple, entier, fragile, il éprouve et exprime des émotions fortes et intenses. C’est cela qui fait exister les clowns devant nous : comment vivent-ils les moments qu’ils traversent ? Pas de demi-mesures, pas de compromission ! Les clowns collent au plus près de leurs envies et de leurs craintes. Rien de ce qui leur arrive n’est anodin. Emotion incarnée qui sourd d’une hypersensibilité au concret, d’un jeu visuel et corporel.

Calamity est affublée d’un parapluie. Mais sait-elle ce que ce dernier lui réserve ?Des émotions fortes, ça c’est sûr ! Rose et Pivoine ont profondément aimé leurs conjoints décédés. Beaucoup plus qu’un être humain normal pourrait le faire. La preuve ? Elles veulent les rejoindre ! Et elles apprennent à mourir concrètement et en public. C’est quand même pas banal ! Et lorsqu’elles se découvriront rivales, elles ne vont pas faire comme tout le monde et médire l’une de l’autre en douce. Non ! Elles vont régler ça au catch !

Péquita, marionnettiste, a mal aux genoux. Au spectacle (et plus encore au cirque !), on cache ses souffrances. Là, non ! Péquita a mal et elle le dit. Et quand elle éprouve un désir sexuel, même coupable, elle ne minaude pas, elle le proclame haut et fort devant tout le monde, sacré nom d’une Psyché !

Le clown dérape dans l’imaginaire. Le moindre événement, la moindre envie réveillent en lui toutes sortes d’images fantastiques qui l’amènent à concevoir des projets tout aussi fantastiques. Le clown est ainsi comme un as de la conduite sportive : il dérape dans son délire, sort de la route, passe dans un champ, saute un fossé et… revient sur la route.

Ainsi Tortilla, qui évoque ses années de prison et qui s’y retrouve devant nous pour un temps, ainsi Vitamine, qui dans sa quête de pureté, atterrit comme le pape en terre de mission, ainsi Rose et Pivoine qui découvrent le paradis, ainsi Calamity, qui, telle Maryline, rame sur la rivière sans retour, ainsi Basile, qui se retrouve en plein naufrage au milieu de l’océan, ainsi Péquita, qui se voit déjà dans le merveilleux château de Psyché, ainsi Marc-André, perdu dans la forêt de son propre conte, ainsi enfin Gilbert Grisou, qui se retrouve sous nos yeux dans le grand nord hostile !

Et maintenant, je vous laisse en leur compagnie …


M.F. Briselance, Leçons de scénarios, Nouveau monde édition, 2006

Jacqueline de Romilly, La Tragédie grecque, collection quadrige, 2014

Tristan Remy, Entrées clownesques, Paris, L’arche

Victor Bourgy, Le bouffon sur la scène anglaise au XVI° siècle (1495-1594), Paris, OCDL

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