Journal d’Otto Didakt 2 – Page du 12 février 1932

Vienne, le 12 Février 1932

J’ai mal à la tête. Je respire profondément … là. Passons directement à la première partie de cette deuxième page du journal qui succède à mes notes d’hier. Le fait qu’une nuit soit passée ne doit pas me distraire. La situation politique, notamment, ne laisse pas d’être inquiétante à plus d’un  titre.

Même si l’ouverture de la Conférence Mondiale pour le Désarmement à bien eu lieu à Genève la semaine dernière, il est probable que l’Allemagne n’y restera pas (Gleichberechtigung ! disent-ils, les sots !). Ce petit Hitler ne connait plus de limites. C’est très ennuyeux. Il va falloir que je lui écrive un de ces jours. Cela commence à être urgent. Enfin, j’ai lu qu’il était question d’organiser à Vienne à la fin de l’année le  XXIXe Congrès universel de la paix ! Voilà qui fera sans doute réfléchir Hitler ?

Quel ange, mon petit Hans ! Il a fait ses premiers pas hier midi ! Presque un an et demi. Ma chère Gertrude en pleurait.

 

Quelques points importants :

Ma gouvernante Emma me donne toute satisfaction, sauf en ce qui concerne l’ordre de mes papiers sur mon bureau, qui ne me va pas du tout. Elle se croit autorisée à y mettre son nez. Qui a barré cette dernière phrase directement sur mon carnet ? Quant à mon épouse, je dois dire que nos relations sont affectueuses et pleines de gentillesse. Il faut dire que j’y mets vraiment du mien. Qui a barré cette dernière phrase directement sur mon carnet ? Il va falloir que je cache un peu mieux mes affaires.

Mais foin des détails ! Allons à l’essentiel :

Le bord externe droit de la marqueterie de mon bureau est un peu ébréché. C’est alarmant. Quelqu’un pourrait s’écorcher le doigt, qui s’infecterait et provoquerait un panaris. Il faut recoller cette petite latte défectueuse. La signature du pacte de non-agression soviéto-finlandais du 21 janvier est une bonne chose. Ma fenêtre grince quand on l’ouvre. Il faut y mettre de l’huile. La prise de Jinzhou par l’armée japonaise du Guandong le 3 janvier est inacceptable. Je vais leur dire tout net, à ces japonais : «  私は強く抗議します ! ». Et ça marquera le coup. Derrière moi, le rideau de velours vert a une petite tâche juste à côté de l’embrase droite, heureusement cachée par le pli. Mais il faudra y veiller. Quant à la révolte du 22 janvier au Salvador, réprimée dans le sang avec l’aide des Etats Unis d’Amérique, elle m’attriste évidemment. Je vais en parler au Président Hoover. J’ai un peu mal au ventre. Je ne supporte pas le chou. Il y a quand même 6 millions de chômeurs en Allemagne ! C’est insupportable. Les nazis vont en profiter, c’est sûr. La misère entraîne l’intolérance, qui favorise les extrêmes. Et cette bibliothèque ! Elle n’en peut plus de tous ces ouvrages qui s’accumulent. Je vais faire un bon nettoyage par le vide. Quelle impéritie dans les partis politiques ! L’incompétence le dispute à la malhonnêteté. Quelques bonnes lettres bien senties pourront aider. Et ce papier buvard qu’Emma ne pense jamais à remplacer. Je m’en vais la gourmander. Comment pourrait-elle seule monter et décrocher ces rideaux pour les faire nettoyer ? C’est risqué. Et comment le parti Nazi a-t-il pu monter de 2.6% des voix à 18.3% en seulement un an ? Il est effrayant, ce Von Papen.

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