J’attache de la valeur (Erri de Luca)

J’attache de la valeur (Erri de Luca)
Poème qui me vient de mes amis Antoine et Christine

J’attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la mouche,
J’attache de la valeur au règne minéral, à la république des étoiles,
J’attache de la valeur au vin, tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s’est pas épargné, à deux vieux qui s’aiment,
J’attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien et à ce qu’aujourd’hui vaut encore peu de choses,
J’attache de la valeur à toutes les blessures,
J’attache de la valeur à économiser de l’eau, à réparer une paire de souliers, à se taire à temps, à accourir à un cri, à demander la permission avant de s’asseoir, à éprouver de la gratitude sans se souvenir de quoi,
J’attache de la valeur à savoir où se trouve le nord dans une pièce, quel est le nom du vent qui sèche la lessive,
J’attache de la valeur au voyage du vagabond, à la clôture de la moniale, à la patience du condamné quelle que soit sa faute,
J’attache de la valeur à l’usage du verbe aimer et à l’hypothèse qu’il existe un créateur.

Erri de Lucca

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