La fable des deux frères dans la guerre d’Espagne…

Epuisés, meurtris, Antonio et Ernesto continuent pourtant de se battre l’un contre l’autre. Ils n’ont rien d’autre à faire : ils sont enfermés ensemble dans cette cuve à vin depuis 24 heures. C’est leur grand-mère, Cécilia Velaspaz, qui les y a enfermés. Ils se haïssent et se battent. On les retrouvera beaucoup plus tard prostrés et assis l’un à côté de l’autre. Que s’est-il passé ?

C’est la guerre d’Espagne. La famille Velaspaz habite dans un hameau près de Huesca, dans l’Aragon, sur la ligne de front. Les républicains, à l’Est, font parfois des percées vers l’Ouest et parfois ce sont les nationalistes de Franco qui avancent vers l’Est. Massacres, souffrances et misère.

Un jour que les républicains occupaient le territoire, un des petits fils de Cécilia, Ernesto, le franquiste, fut en danger de mort et elle le cacha dans une cuve à vin vide aux confins de la ferme. Quelques jours plus tard, les franquistes reprirent la zone et ce fut le tour d’Antonio, républicain, d’être menacé. Cecila l’emmena à la cuve et le fit descendre, mais elle ne libéra pas Ernesto et retira la petite échelle en bois.

Les voilà donc face à face, enfermés l’un et l’autre et sans armes. Ils se précipitent et frappent. Pas de quartier. Ils sont tous deux vigoureux et savent se battre. Et ça dure. Un jour se passe, puis une nuit, ils dorment peu car dès que l’un d’eux se réveille, le combat recommence. A midi, la trappe s’ouvre, un pain tombe. Ils le dévorent et repartent à l’assaut.

Lorsque la guerre civile fut finie, Cécila délivra ses petits-fils devenus amis depuis quelques temps. Ils y étaient obligés : pas de témoins, pas d’issue, il fallait faire la paix s’ils voulaient sortir un jour. Cécilia, intransigeante et têtue, comme savent l’être les grand-mères de l’Aragon, les avait obligés à se réconcilier. Elle les aimait trop, ces deux-là, pour tolérer qu’ils meurent ou qu’ils s’entretuent. Et l’Espagne avait besoin d’eux.

Voilà l’histoire que m’a racontée mon amie Josépha (Merci à elle !), originaire d’Espagne et qui en a été le témoin.

Pour que la guerre existe, il faut transformer l’autre en objet de haine, sinon ça n’est pas possible. Jaurès a essayé d’éviter la guerre de 1914, en ouvrant les yeux du peuple : les allemands sont des humains, comme nous. Mais les fauteurs de guerre ont eu tôt fait, après que Jaurès eût été assassiné, de chosifier l’ennemi, le « Boche ».

Dans leur cuve, tout en se battant, Ernesto et Antonio se respirent l’un l’autre, se sentent, se hument ! Et comme leur lutte dure, ils finissent par sentir que l’autre est un humain, un cousin, un frère …

Ce n’est qu’une fable… Politiquement, les franquistes ont fait un coup d’Etat et la légitimité était du côté des républicains, mais pour Cécilia, c’était l’amour de ses petits-enfants qui l’emportait …

Qu’en pensez-vous ?
Une vie bonne à toutes et à tous !
Bertil

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