Comment Bertil a–t-il été amené à travailler le clown-théâtre ?

Le trio des fondateurs du Bataclown

D’un côté, venant de l’agglomération bordelaise et de son effervescence culturelle des années 64-68[1], Anne-Marie Bernard, comédienne, et Jean-Bernard Bonange, professeur d’éducation physique et sportive, nouvellement nommé à l’université, arrivent à Toulouse en novembre 1968. Ils ont 23 ans et ont vécu les premières années du Festival Sigma[2] de Bordeaux avec les « happening » de Jean-Jacques Lebel et le nouveau théâtre politique américain (le Living Théâtre, le Bread and Puppet). Ils sont déjà férus d’improvisation théâtrale (Romain Bouteille), de pantomime (Isaac Alvarez, Pinok et Matho), de danse libre (Wess Howard, Marc Guiraud), et porteurs des aspirations de rupture et de renouveau exprimées en mai 68.

Pour eux, l’imagination au pouvoir se vit au quotidien et, avec des étudiants en demande de ruptures artistiques, ils fondent le GREC (Groupe de recherche en expression corporelle, à l’Université de Toulouse-Rangueil) avec qui ils animent des ateliers d’expression, pratiquent l’improvisation, le théâtre gestuel, le théâtre masqué, produisent des spectacles (scène et rue) et, parmi les masques, ils essayent le nez rouge !

En septembre 1975, ils partent pour trois années comme coopérants en Algérie, y animent des ateliers d’expression dramatique pour enfants, créent et jouent un spectacle de pantomime et de clown, et rencontrent pour la première fois les Macloma, pionniers du « clown-théâtre » issus du théâtre universitaire parisien.

Et puis, en Algérie, leur route croise celle de Bertil

D’un autre côté, Bertil Sylvander, personnalité cosmopolite, déraciné originaire de Suède et d’Algérie, passe les concours des Grandes Ecoles et devient ingénieur agronome. La fibre artistique héritée de sa famille le pousse vers les études musicales, puis vers la fréquentation des cours d’expression corporelle d’Adrien Lefebvre à Paris (1967-70), puis Mysiane Salem et Esther Llorden à Alger (1975-79). La fibre du clown se fait vite jour et, de retour en France, il fonde la fanfare clownesque « Le Rateau Bavoir » qui, déjà, propose une musique de groupe de style « jazzy » qu’elle déstructure aussitôt arrangée ! Cette compagnie présente, lors de ses tournées musicales, une création clown (« La Valise »), qui comble son goût pour le non-sense.

Entre temps, il est entré à l’Institut National de la Recherche Agronomique, où il développe ses recherches sur l’évolution sociologique des institutions. Là aussi, sa fibre de chercheur s’exprime et le pousse à passer progressivement tous les grades des concours officiels ! Ne désirant pas sacrifier une passion pour une autre, il sera ainsi amené à faire deux métiers et à trouver les points d’ancrage entre eux, entre valeurs et rigueur !

Et puis, en Algérie, sa route croise celle d’Anne-Marie et Jean-Bernard

C’est donc à Alger, notre premier port d’attache commun en cette année 1978, que nous découvrons que nous sommes sur la même longueur d’ondes de l’improvisation, du jeu et de l’humour. Nous décidons alors de réunir nos trajectoires de vie.

[1] Ils ont tous les deux fait partie de l’équipe d’animation du Foyer des jeunes du Bouscat (Maison des Jeunes et de la Culture), lieu d’innovation dans les pratiques artistiques rattaché au courant de l’animation culturelle et de l’éducation populaire.

[2] Le Festival Sigma fut « un lieu de découverte et le point de passage obligé de tout ce qui a compté dans le monde de la création contemporaine internationale de1965 à 1996 ; Une tornade de créativité, de révolte et de passions inventives… » (cf. Les années Sigma, la provocation amoureuse, DVD de J-P. Clarac et O. Deloeuil, produit par La SMAC).

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